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vendredi 5 décembre 2025

le café de la Régence


Kermur de Legal est assis à droite


Vers 1740, les joueurs d'échecs quittèrent le café Procope rue de l'Ancienne-Comédie sur la rive gauche de Paris où ils avaient l'habitude de se retrouver pour s'installer au café de la Régence place du Palais-Royal sur la rive droite.

Le café de la Régence avait été fondé soixante ans plus tôt sous le nom de café de la Place du Palais-Royal ce qui en faisait un des cafés les plus anciens de Paris et avait changé de nom pendant la Régence du prince de sang Philippe d'Orléans intervenue en 1715 après la disparition du roi Louis XIV.

L'endroit devint un haut lieu des échecs avec Kermur de Legal et François-André Danican Philidor, considéré comme le meilleur joueur d'échecs de son temps après sa victoire écrasante à Londres en 1747 sur le Syrien Philippe Stamma.

La café de la Régence fut également fréquenté par des personnes de premier plan dont l'encyclopédiste des Lumières Denis Diderot, l'écrivain genevois francophone Jean-Jacques Rousseau, Louis-François-Armand Vignerot du Plessis duc de Richelieu, Maximilien de Robespierre, Napoléon Bonaparte, l'Américain Benjamin Franklin.

Dans Le neveu de Rameau ou La Satire seconde publié à Paris à la Librairie Plon Denis Diderot évoque le café de la Régence en ces termes: (…) Si le temps est trop froid ou trop pluvieux, je me réfugie au café de la Régence. Là, je m’amuse à voir jouer aux échecs. Paris est l’endroit du monde, et le café de la Régence est l’endroit de Paris où l’on joue le mieux à ce jeu ; c’est chez Rey que font assaut le Légal profond, Philidor le subtil, le solide Mayot ; qu’on voit les coups les plus surprenants et qu’on entend les plus mauvais propos ; car si l’on peut être homme d’esprit et grand joueur d’échecs comme Légal, on peut être aussi un grand joueur d’échecs et un sot comme Foubert et Mayot (…).

mercredi 3 décembre 2025

le mat de Legal


café de la Régence


Cette superbe partie miniature avec sacrifice de dame et mat de pièces mineures, jouée au café de la Régence à Paris en 1750, a fait le tour du monde.

1.e4 e5 2.Fc4 d6 3.Cf3 Fg4 4.Cc3 g6???

5. Cf3xe5!!! Fxd1 6.Fxf7+ Re7 7.Cd5#

cliquer ici pour consulter sur Chessgames.com le fichier PGN de cette partie

jeudi 20 novembre 2025

la naissance du jeu moderne




Avec la Renaissance, les échecs évoluent vers un aspect plus compétitif. Les règles accélèrent la marche, des tournois sont organisés, des stratégies développées, des champions révérés. C'est à partir du 19e siècle que se met en place le jeu moderne. Doté de structures d'encadrement, il devient parfois un véritable enjeu géopolitique... jusqu'au moment où les machines surpassent les champions.

Dans le courant du Moyen Âge, les aspects proprement techniques du jeu d'échecs n'évoluent guère. Malgré un effort de réflexion théorique certain, malgré la compilation de traités et de recueils de problèmes, les parties demeurent lentes et longues, les pièces ayant toutes sur l'échiquier une valeur plus faible que de nos jours. La dimension symbolique du jeu semble rester plus forte que sa dimension véritablement ludique.

Les choses changent dans la seconde moitié du 15e siècle. En quelques décennies, sous l'influence de théoriciens espagnols et italiens, se met en place le jeu moderne, peu différent désormais (sinon tactiquement) de celui qui est le nôtre aujourd'hui. Plusieurs pièces voient leur marche se modifier, notamment la reine, qui au lieu de se déplacer d'une case en une case, peut désormais traverser l'échiquier dans toutes les directions. Sa force devient considérable. Le fou et la tour accroissent également la leur. Le jeu se transforme profondément, les parties deviennent plus dynamiques, le nombre des pratiquants augmente. À partir du 16e siècle, des compétitions sont organisées, de véritables joueurs professionnels apparaissent, la littérature échiquéenne devient prolifique. Les Européens peuvent enfin tenir tête aux champions musulmans.

Reflétant ces mutations, les pièces se transforment également. Elles deviennent plus maniables, plus fines, plus hautes, ce qui permet de diminuer la taille des échiquiers. Si les règles ne changent plus, le jeu continue d'évoluer tactiquement. Au début du 18e siècle, les joueurs ne pensent qu'à gagner par échec et mat ; les parties sont alors très agressives et passionnantes. C'est en vainquant le champion de l'époque devant Louis XV à Versailles que Philidor (1726-1795) – alors âgé de 10 ans ! – entre dans l'histoire des échecs. Son Analyse des échecs révolutionne le déroulement tactique des parties : les pions acquièrent sur l'échiquier une importance stratégique considérable. Pour le champion français, « les pions sont l'âme de ce jeu ».

Vers 1740, le café de la Régence à Paris est le théâtre des plus belles parties d'échecs où Philidor croise Diderot. Pendant la Révolution, Robespierre ou Camille Desmoulins viennent y jouer. L'activité échiquéenne du café de la Régence ne s'arrêtera que vers 1920.

source la BNF